Ce matin, dans la rue, j'ai la tête pleine d'une carte couverte de bleus.
Pas de nausée dans le ventre. Pas de colère dans les yeux. Juste une amertume lancinante qui se dessine au bord du coeur et, sur la langue le gout cendreux de ma jeunesse.
Et pourtant j'aime le bleu. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait là de ma couleur favorite. Quelque chose qui rappelle le ciel et l'eau et la cuisine devant laquelle j'écris ces lignes. J'aime le cobalt, le canard, l'azur. J'aimais même ce bleu qui envahissait les iris de mon père année après année.
Mais il y a dans ce camaïeu, qui s'étale derrière mes yeux, comme un malaise. Un écho de peur et de rejet que je pensais avoir oublié. Parce qu'avant, je n'étais pas Française. Parce qu'avant, mes parents se sentaient exclus lors des élections. Parce qu'avant ma nouvelle nationalité me rendait fière, me donnait espoir, m'offrait une place.
Aujourd'hui j'essaie de me raccrocher aux branches.
Je ne sais pas quel mal ronge les esprits mais j'ai l'impression que l'angoisse sourd sous mes pas. Alors, ce matin, devant cette carte meurtrie, j'ai retrouvé l'éclat caché au fond de ma mémoire : quoiqu'il arrive, il y a le rêve. Il y a la Muse.
J'ai embrassé le bleu du ciel ce matin comme d'autres enlacent l'espoir à travers les reflets de l'eau ou la pâleur d'une rose.
Il y a le rêve et je plonge en lui pour toucher les beautés des mondes.
N'oubliez pas.
Il y a le rêve. Ouvrez les yeux.
T.

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