Il y a l'idée.
Les sensations qui vous envoutent un soir d'été, quand l'odeur de l'orage se mêle à celle du goudron chaud.
Puis, des images dansent derrière vos paupières closes. Des éclairs d'argent qui brisent les ténèbres. Un battement - de cils, de coeurs, d'ailes ? - et les images s'enchaînent ; paysages vus grâce aux yeux d'un oiseau.
Cascades. Fleurs qui se mêlent aux algues des rivières, aux écailles des saumons, aux profondeurs du ciel.
Il y a l'idée.
Il y a le rêve.
Vous marchez le long de vos mémoires. L'esprit alerte quête le souvenir.
Vous souvenez-vous ? Il y avait un portail. Un banc de pierre. Une nuée de plumes sombres au-dessus de la grève.
Le voyez-vous, l'enfant, un masque pâle sur le visage ? De ses mains gouttent les perles de l'oubli, les ridules des songes, les coquillages de l'au-delà.
Derrière son masque, Léthé sourit.
Il y a l'idée.
Il y a le rêve...
Il y a l'instant.
Derrière les branches aux fruits rouges et parme perce un souffle : une âme.
Et le bruit des machines qui éclate, devançant la tempête. Poussière qui ondule devant les masques. Acier qui brise le béton.
Un soupir. L'instant s'échappe. Le brouillard embourbe vos souvenirs et l'orage fait voler en morceaux les derniers grains de sommeil.
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| *Pluie* Étienne Deloraine |
N'oubliez pas.
Il y a le rêve. Ouvrez les yeux.
De quoi vous souvenez-vous ?
T.